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Des lapins à la sauce REST

2010-09-29 #ruby,#sinatra

Ceci est la traduction du tutoriel Sinatra “Restful Rabbits” de Darren Jones.

Dans ce billet, je vais explorer la façon de créer une ressource en construisant une architecture REST et en utilisant Sinatra et DataMapper.

Mais pour commencer, c’est quoi ce REST ?

REST signifie Representational State Transfer et a été présenté par Roy Fielding pour sa thèse de doctorat en 2000. De façon sommaire, c’est un style d’architecture qui permet d’accéder à des ressources (en général des objets stockés dans une base de données) à partir d’URLs spécifiques. REST permet également d’utiliser des URLs pour interagir avec ces ressources (pour les mettre à jour en particulier). Par exemple, l’URL /people/michel/edit pourrait permettre de modifier ma fiche personnelle. Et l’URL /people/michel/delete aurait pour effet de supprimer ma fiche de la base de données.

Au cours de ce tutoriel, les ressources que je vais chercher à gérer seront des lapins, mais vous pouvez l’adapter sans peine pour gérer n’importe quel autre objet que vous stockez dans votre base de données. Toutes les données seront enregistrées en base de données grâce à DataMapper et nous passerons par des URLs spécifiques pour effectuer les actions CRUD sur chaque objet : Création, Lecture, Modification et Suppression.

Avec REST, on emploie habituellement 7 gestionnaires d’URLs. Dans notre cas, nous en définirons 8 pour avoir en plus un gestionnaire qui nous permettra de demander confirmation avant d’effectuer une suppression. Tout cela correspond grosso-modo aux actions CRUD d’une base de données.

Voici les gestionnaires et leurs URLs associées :

  • List (/lapins) - une page d’index qui affiche toutes les ressources
  • Show (/lapins/1) - une page qui affiche une ressource données
  • New (/lapins/new) - un formulaire pour saisir une nouvelle ressource
  • Create (/lapins) - création d’une nouvelle ressource (il n’y a pas de page web pour cela)
  • Edit (/lapins/edit/1) - un formulaire pour mettre à jour une ressource existante
  • Update (/lapins/1) - modification d’une ressource (il n’y a pas de page web pour cela)
  • Delete Confirmation (/lapins/delete/1) - une page demandant si on veut réellement supprimer une ressource
  • Delete (/lapins/1) - supprime la ressource donnée (il n’y a pas de page web pour cela)

Vous avez sans doute remarqué qu’un certain nombre d’URLs sont identiques (celles pour Show, Update et Delete). Ceci est possible parce qu’il existe 4 verbes HTTP : GET, POST, UPDATE et DELETE. Sinatra est capable de savoir quel type de requête a été réalisée et d’employer l’action adéquate. Ainsi, l’URL /lapins/1 affichera le lapin dont l’identifiant est 1 quand une requête GET est effectuée, mais elle supprimera le lapin si c’est une requête DELETE qui a été faite.

Le code

Pour commencer, nous devons charger les librairies nécessaires. J’utilise en particulier Haml pour les vues, mais ce ne devrait pas être compliqué d’utiliser Erb ou un autre système de template :

require 'rubygems'
require 'sinatra'
require 'data_mapper'
require 'haml'

Puis nous définissons la base de données. Cette ligne de code teste s’il existe une base de données paramétrée sur Heroku et si ce n’est pas le cas utilise une base de données SQLite locale nommée lapins.db :

DataMapper.setup(:default, ENV['DATABASE_URL'] || "sqlite3://#{Dir.pwd}/lapins.db")

Nous devons ensuite créer la classe Lapin (ou tout autre classe correspondant aux objets que vous souhaitez gérer). Le premier champ “id” est très important : grâce à lui votre ressource a un identifiant numérique auto-incrémenté qui permet de la référencer. Cela signifie que la base de données va automatiquement se charger d’affecter un identifiant unique à chaque ressource. Les autres propriétés de la classe Lapin sont “nom”, “description”, “age” et “couleur”. Et il y a également deux autres champs “created_at” et “updated_at” que le plugin datamapper-timestamps va automatiquement mettre à jour lorsque la ressource sera créée ou modifiée. DataMapper a également un autre plugin très utile : datamapper-validations. Celui-ci contrôle automatiquement si le nom est renseigné (parce qu’il est marqué “required”) et si l’âge est bien une valeur de type integer. Si cette validation échoue, la ressource ne sera pas créée ou mise à jour et les erreurs seront signalées (plus de détails dans la suite du tutoriel).

class Lapin
  include DataMapper::Resource 
  property :id,           Serial
  property :nom,          String, :required => true
  property :description,  Text
  property :age,          Integer
  property :couleur,      String
  property :created_at,   DateTime
  property :updated_at,   DateTime
end

Nous allons maintenant créer les différents gestionnaires, en commençant par celui pour la liste :

# List : affiche la liste des lapins
get '/lapins' do
  @lapins = Lapin.all
  haml :index
end

Le gestionnaire List correspond à l’URL “/lapins”. Il commence par retrouver toutes les ressources enregistrées dans la base de données pour les stocker dans un tableau d’instance nommé @lapins. Ce tableau pourra ensuite être utilisé dans la vue “index”.

Nous créons ensuite le gestionnaire New :

# New : affiche le formulaire de création d'un lapin
get '/lapins/new' do
  @lapin = Lapin.new
  haml :new
end

Celui-ci correspond à l’URL “/lapins/new”. Il crée un nouvel objet Lapin et le stocke dans une variable d’instance @lapin dont le formulaire de saisie a besoin. Puis il affiche le formulaire de saisie contenu dans la vue “new”.

Le gestionnaire qui suit est Create. Outre le fait qu’il est un tout petit plus compliqué, il n’existe pas non plus de vue associée à celui-ci :

# Create : création d'un nouveau lapin
post '/lapins' do
  @lapin = Lapin.new(params[:lapin])
  if @lapin.save
    status 201
    redirect '/lapins/' + @lapin.id.to_s
  else
    status 400
    haml :new
  end
end

La première chose à noter, c’est qu’il utilise la même URL que l’action List, à savoir “/lapins”. Ce qui fait la différence entre les deux, c’est que ce gestionnaire est seulement invoqué lorsque la requête HTTP est de type POST, ce qui est fort heureusement le cas lorsqu’un formulaire HTML est envoyé vers le serveur.

La première chose que fait le gestionnaire Create, c’est de créer un nouvel objet Lapin en utilisant les informations envoyées par le formulaire, celles-ci étant conservées dans le hash params:lapin. Puis il vérifie si les valeurs saisies sont correctes en tentant d’enregistrer l’objet @lapin. Si cela réussi, il renvoie alors le statut HTTP 201 (qui signifie Created) et redirige le navigateur vers le gestionnaire Show pour qu’il affiche la ressource qui vient d’être créée. Quand il ne réussi pas à enregistrer l’objet @lapin, il renvoie le statut 400 (Bad Request) et réaffiche la vue “new” pour que l’utilisateur puisse corriger sa saisie et la re-soumettre.

Le gestionnaire suivant est Edit. L’URL associée à celui-ci est “/lapins/edit/:id” où “:id” est une valeur entière qui fait référence à l’identifiant d’un objet Lapin particulier. Cet identifiant est disponible dans le hash params:id et on l’emploie dans la première ligne de code pour retrouver le lapin correspondant dans la base de données puis stocker l’objet obtenu dans la variable d’instance @lapin qui pourra ensuite être utilisée par la vue “edit”.

# Edit : affiche le formulaire de modification d'un lapin
get '/lapins/edit/:id' do
  @lapin = Lapin.get(params[:id])
  haml :edit
end

Lorsque l’utilisateur va valider sa saisie, les informations du formulaire “edit” seront envoyées vers le gestionnaire Update présenté ci-dessous :

# Update : modification d'un lapin existant
put '/lapins/:id' do
  @lapin = Lapin.get(params[:id])
  if @lapin.update(params[:lapin])
    status 201
    redirect '/lapins/' + params[:id]
  else
    status 400
    haml :edit  
  end
end

Le code pour gérer la modification ressemble d’assez près à celui du gestionnaire Create et là aussi il n’y a pas besoin d’avoir une vue associée. La première chose qui est faite, c’est de retrouver le lapin dont l’identifiant est passé avec l’URL pour le stocker dans la variable d’instance @lapin. Puis on modifie (et on sauvegarde) cet objet en utilisant les informations du formulaire. Si cela réussi, le navigateur est redirigé vers l’URL du gestionnaire Show pour permettre à l’utilisateur de constater que la mise à jour s’est correctement déroulée. Lorsque la mise à jour a échouée, la vue “edit” est réaffichée pour lui permettre de corriger sa saisie.

Le gestionnaire suivant est celui destiné à confirmer la suppression d’une ressource. Il va servir à afficher une page web dans laquelle on demande à l’utilisateur s’il veut réellement supprimer le lapin ou pas.

# Confirm : confirmation de la suppression d'un lapin
get '/lapins/delete/:id' do
  @lapin = Lapin.get(params[:id])
  haml :delete
end

Dans le cas où l’utilisateur clique sur le bouton “Delete” depuis cette page de confirmation, cela appelle le gestionnaire Delete :

# Delete : suppression d'un lapin
delete '/lapins/:id' do
  Lapin.get(params[:id]).destroy
  redirect '/lapins'  
end

Vous pouvez voir que l’URL “/lapins/:id” associée au gestionnaire Delete est la même que pour le gestionnaire Update. Mais dans ce cas , le formulaire de confirmation de la suppression aura fait en sorte d’envoyer une requête de type DELETE.

Le gestionnaire DELETE a besoin d’une seule ligne de code pour retrouver le lapin dans la base de données (la partie Lapin.get(params[:id])) et l’y supprimer (la partie .destroy). Puis il redirige le navigateur vers le gestionnaire List grâce auquel l’utilisateur pourra constater que le lapin a bien été supprimé.

Le gestionnaire Show est le dernier qui nous reste à prendre en compte et il est lui aussi associé à l’URL “/lapins/:id”. Il est impératif de le faire apparaitre en dernier dans le code parce que Sinatra examine les routes dans l’ordre où elles apparaissent dans le code source. Par conséquent, si le gestionnaire Show avait été codé avant le gestionnaire Create dont l’URL est “/lapin/new”, Sinatra aurait considéré que “new” correspondait au paramètre “:id” et il aurait invoqué le gestionnaire Show qui aurait essayé de rechercher dans la base de données un lapin dont l’identifiant serait “new”, ce qui n’existe bien évidemment pas.

# Show : affichage d'un lapin
get '/lapins/:id' do
  @lapin = Lapin.get(params[:id])
  haml :show
end

C’est un gestionnaire plutôt simple. Il retrouve le lapin avec le bon identifiant et le stocke dans une variable d’instance @lapin qui pourra alors âtre manipulée dans la vue “show” associée.

Et pour finir, juste avant la fin du source Ruby, il y a une ligne de code destinée à DataMapper qui a pour effet de répercuter les modifications apportées à votre base de données (comme par exemple l’ajout d’une propriété) sans supprimer les données que celle-ci contient (on peut pas faire plus simple comme système de migration de données).

DataMapper.auto_upgrade!

__END__

La ligne __END__ indique qu’il s’agit de la fin du fichier, ou plus précisément de la fin du code Ruby. Elle sera suivie par les vues correspondant aux différents gestionnaires que nous avons codés auparavant.

Le template “layout” servira de squelette général pour toutes les vues et il contient le code nécessaire pour afficher une page HTML 5. Toutes les autres vues seront intégrées à l’endroit où apparait la ligne = yield :

@@layout
!!! 5
%html
  %head
    %meta(charset="utf-8")
    %title Lapins
  %body
    = yield

La première vue est la page d’index qui nous sert à afficher tous les lapins qui existent dans la base de données. Ceux-ci ont été stockés dans le tableau d’instance @lapins par le gestionnaire List. Nous parcourons donc ce tableau dans la vue pour générer une ligne pour chaque lapin, avec des liens pour afficher, modifier ou supprimer celui-ci. Et nous avons aussi prévu un lien en haut de la liste pour permettre d’ajouter un nouveau lapin :

@@index
%h3 Lapins
%a(href="/lapins/new")Créer un nouveau lapin
- unless @lapins.empty?
  %ul#lapins
  - @lapins.each do |lapin|
    %li{:id => "lapin-#{lapin.id}"}
      %a(href="/lapins/#{lapin.id}")= lapin.nom
      %a(href="/lapins/edit/#{lapin.id}") Modifier
      %a(href="/lapins/delete/#{lapin.id}") Supprimer
- else
  %p Pas de lapins !

La vue suivante sert pour afficher le détail d’un lapin donné, à partir de la variable d’instance @lapin initialisée par le gestionnaire Show. Chaque ligne de cette vue présente une des propriété de l’objet Lapin. Et pour finir, nous avons un lien qui permet de modifier le lapin, un autre pour le supprimer et un pour revenir à la liste des lapins :

@@show
%h3= @lapin.nom
%p Couleur : #{@lapin.couleur}
%p Age : #{@lapin.age}
%p Description : #{@lapin.description}
%p Crée le : #{@lapin.created_at}
%p Mis à jour le : #{@lapin.updated_at}
%a(href="/lapins/edit/#{@lapin.id}") Modifier
%a(href="/lapins/delete/#{@lapin.id}") Supprimer
%a(href='/lapins') Retour à l'index

Les deux vues suivantes sont très similaires. La première correspond à la page qui est renvoyée pour ajouter un nouveau lapin et la seconde celle qui sert pour modifier un lapin existant.

Ces deux pages commencent par afficher une vue partielle “errors” qui sert dans le cas où des erreurs se seraient produites suite à un premier envoi du formulaire avec des données incorrectes.

Le formulaire dans la vue “new” utilise une méthode HTTP POST et celui de la vue “edit” une méthode HTTP PUT afin d’utiliser le verbe HTTP adéquat pour viser le bon gestionnaire. Etant donné que les navigateurs ne savent pas envoyer une requête PUT, on triche en envoyant une requête POST (ce que savent faire les navigateurs) accompagnée d’un champ caché nommé “_method” ayant la valeur “PUT”. Sinatra est alors assez conciliant pour considérer cela comme une vraie requête PUT.

Après le type de requête, ces deux vues affichent la vue partielle “form” qui va contenir le code complet du formulaire servant à saisir la fiche d’un lapin. Il est plus pratique de gérer ça dans une vue partielle à part plutôt que de répéter le même code dans les deux vues “new” et “edit”, notamment dans le cas où le formulaire devrait évoluer.

@@new
= haml :errors, :layout => false
%form(action="/lapins" method="POST")
  %fieldset
    %legend Créer un nouveau lapin
    = haml :form, :layout => false
  %p
    %input(type="submit" value="Créer")
    ou <a href='/lapins'>Annuler</a>

@@edit
= haml :errors, :layout => false
%form(action="/lapins/#{@lapin.id}" method="POST")
  %input(type="hidden" name="_method" value="PUT")
  %fieldset
    %legend Modifier ce lapin
    = haml :form, :layout => false
  %p
    %input(type="submit" value="Modifier")
    ou <a href='/lapins'>Annuler</a>

Voici maintenant le code pour le formulaire “form”. Il contient les champs de saisie nécessaire pour chaque propriété de l’objet Lapin. Et comme il est affiché depuis les vues “new” et “edit”, toute modification que l’on y ferait serait alors visibles dans ces deux vues :

@@form
%label(for="nom")Nom :
%input#nom(type="text" name="lapin[nom]"value="#{@lapin.nom}")

%p
%label(for="couleur")Couleur :
%select#quantity(name="lapin[couleur]")
  - %w[noir blanc gris marron].each do |couleur|
    %option{:value => couleur, :selected => (true if couleur == @lapin.couleur)}= couleur
    
%p
%label(for="description") Description :
%textarea#description(name="lapin[description]")
  =@lapin.description

%p
%label(for="quantity") Age :
%input#age(type="text" name="lapin[age]" value="#{@lapin.age}")

Après cela nous avons la vue “errors” qui sera affichée seulement dans le cas où DataMapper renvoie des erreurs de validation (par exemple si l’âge saisi n’est pas un entier). Son rôle est d’afficher la liste des erreurs rencontrées afin de guider l’utilisateur pour qu’il puisse corriger sa saisie :

@@errors
-if @lapin.errors.any?
  %ul#errors
  -@lapin.errors.each do |error|
    %li= error

La dernière vue affiche la page pour confirmer la suppression d’un lapin. Elle affiche seulement le nom du lapin et demande à l’utilisateur s’il est certain de vouloir réellement supprimer ce lapin. Si c’est le cas, on utilise un formulaire pour atteindre le gestionnaire Delete. Comme dans le cas du PUT destiné au gestionnaire Update, on utilise le champ caché “_method” avec une valeur “DELETE” pour simuler une requête HTTP DELETE qu’aucun navigateur ne sait gérer de façon native.

@@delete
%h3 Souhaitez-vous réellement supprimer #{@lapin.nom} ?
%form(action="/lapins/#{@lapin.id}" method="post")
  %input(type="hidden" name="_method" value="DELETE")
  %input(type="submit" value="Supprimer")
  ou <a href='/lapins'>Annuler</a>

Conclusion

Ca y est, c’est fait. Vous avez maintenant un parfait exemple de la façon de gérer des ressources à la sauce REST et vous pouvez voir ce que donne la version originale développée par Darren (http://rabbits.herokuapp.com/rabbits) ou ma version francisée (http://lapins.herokuapp.com/lapins).

Etant donné que ce coup-ci j’ai également complètement traduit l’application développée, j’ai aussi cherché si le plugin datamapper-validations pouvait renvoyer des messages d’erreurs en français. Mais comme je n’ai pas trouvé comment faire, je suis passé par des messages d’erreurs personnalisés :

class Lapin
  include DataMapper::Resource 
  property :id,           Serial
  property :nom,          String, :required => true, :messages => { :presence => "Le nom est obligatoire" }
  property :description,  Text
  property :age,          Integer, :message => "L'age doit etre un nombre sans virgule"
  property :couleur,      String
  property :created_at,   DateTime
  property :updated_at,   DateTime
end

Je ne suis pas certains que ce soit la bonne solution mais ça marche, même si je n’ai pas réussi à mettre les circonflexes dans le second message sans provoquer d’erreur.